Retour sur l’éducation et la “nouvelle histoire”

Posted by J-P in Généralités | Leave a comment

On publie ces jours-ci des articles dans La Presse sur le fait que plusieurs enseignants quittent après quelques années de travail.  Une jeune enseignante dans la trentaine qui a une douzaine d’années d’ancienneté dit que depuis 2 ans, la réforme scolaire est tellement floue, que la situation est si déplorable qu’elle songe à réorienter sa carrière.  Elle est près d’un burn-out.   Je lisais aussi la lettre ouverte d’un enseignant dans la soixantaine qui ne recommencerait pas sa carrière aujourd’hui et que la seule raison pour laquelle il continue d’enseigner dans ce système tout croche, c’est parce qu’il est trop vieux pour faire autre chose!  C’est encourageant…

Aussi, les statistiques montrent que c’est maintenant  le tour, de plus en plus, des professeurs d’université qui décrochent comme on le raconte ici.  Pas étonnant, ils ne peuvent presque plus comprendre les étudiants qui ne communiquent pas efficacement leurs pensées car ils ne maitrisent pas leur langue.  En fait, le problème ce n’est pas les jeunes, mais la gibelotte administrative, le système en décrépitude, la charge de travail excessive et la réforme de l’éducation qui embourbent les professeurs. 

Voilà maintenant que le gouvernement veut revoir le programme d’histoire pour en éliminer les conflits qui ont façonné notre passé.  À continuer de voir la dégradation du système d’éducation au Québec, on constate que l’armée de fonctionnaires du ministère de l’éducation travaille fort à réussir sa destruction complète.  Au lieu de bâtir un bon système et d’améliorer les programmes, l’armée de fonctionnaires le détruit misérablement.  On passe d’échecs en échecs et on nivelle par le bas.  Après le sabotage de la langue et des évaluations des élèves, on passe à celui de l’histoire.  Au moins, on ne peut pas dire que les fonctionnaires sont payés à ne rien faire!

Voir ce texte plein d’ironie de Richard Martineau qui fait réfléchir sur cette “nouvelle version” de l’histoire qu’on s’apprête à raconter à nos jeunes:

L’Histoire gnan-gnan
 
Ainsi, le nouveau cours d’Histoire qui sera donné à l’école secondaire mettra l’accent sur le rôle du citoyen et l’apport des communautés culturelles à la construction du Canada.

Ça vous surprend, vous?
Pas moi.

La chicane, au Québec, on n’aime pas ça. On préfère le consensus, l’unanimité, la bonne entente. Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Comme disait ma mère quand je me disputais avec ma soeur: “Accordez-vous, c’est si beau, l’accordéon!”

Le nouveau cours d’Histoire est parfaitement représentatif de cet état d’esprit. “Ah, que c’est beau, le Canada! Tout le monde main dans la main, les Amérindiens, les Haïtiens, les Italiens, les francophones, les Chinois, les Tamouls… Une belle farandole multicolore, multiculturelle et multilingue, qui chante les beautés de la nature d’un océan à l’autre.”

On se croirait à Disney World: “It’s a small world after all, It’s a small world after all…”
Plus gnan-gnan, tu meurs.

La conscription? Le lac Meech? La Conquête? L’Acte d’Union britannique? La révolte des Patriotes? Connais pas! Ce sont des détails de l’Histoire, des petites chicanes sur lesquelles il n’est pas nécessaire de revenir. À quoi bon rouvrir d’anciennes plaies? Let the sleeping dogs lie.

Bien oui, il y a des francophones au Canada. Mais il y a aussi des gens qui parlent le serbo-croate, l’allemand et le mandarin. Pourquoi faudrait-il se concentrer seulement sur les rapports entre les Français et les Anglais? Il y a tant de communautés culturelles au Canada, pourquoi ne profiterions-nous pas de cette richesse?

Et puis, cessez de nous casser les couilles avec vos peuples fondateurs! Tous les peuples qui ont participé à la construction de ce beau et grand pays méritent d’être considérés comme des peuples fondateurs! Les Irlandais, les Danois, les picaros, même les Vikings, pourquoi pas?

C’est ça, être citoyen: arrêter de se regarder le nombril, cesser de se gratter le bobo, jeter des ponts entre les communautés plutôt que de raviver de vieilles rancunes, s’ouvrir sur les autres, arrêter de dire: “Et moi, et moi, et moi…”

Bon, oui, les Anglais n’ont pas toujours été gentils envers les Français. Et alors? Le massacre des Amérindiens est bien plus grave! Et que dire des ressortissants japonais qui ont été internés dans des camps pendant la Deuxième Guerre?

Non, vraiment: cessez de pleurnicher et de toujours voir le verre à moitié vide.

Il est beau, le nouveau cours d’Histoire. Il est jovial, optimiste, il célèbre la diversité, il met l’accent sur la solidarité plutôt que sur l’affrontement, sur la bonne humeur plutôt que sur le ressentiment. Fini, le misérabilisme!

Vous voulez savoir qui étaient les Patriotes? Vous louerez les films de Michel Brault et de Pierre Falardeau, c’est tout! Après tout, l’Histoire d’un pays, c’est long, on ne peut pas parler de chaque petit événement, il faut faire des choix, arracher la mauvaise herbe, séparer le bon grain de la mauvaise graine…
ooo
On se demande, après ça, pourquoi il y a autant de jeunes profs qui décrochent et qui se tapent des burn-out après trois ans de travail.

Vous vous imaginez prof, vous?

Au nord, des technocrates qui chient des réformes à tous les trimestres. Au sud, des parents qui ne s’occupent pas de leur progéniture et qui vous demandent non seulement de l’éduquer mais de l’élever. À l’est, des ados habillés comme des leaders de gangs qui pitonnent sur leur Blackberry et qui vous envoient chier. Et à l’ouest, un syndicat qui croit que la meilleure façon de sensibiliser la population à la dure réalité des profs est de boycotter les activités culturelles.

L’enfer…

Et tout ça pour un salaire hyper-ordinaire.

Sincèrement, je préférerais ramasser de la merde d’éléphant dans un cirque ambulant. Je trouverais ça plus satisfaisant.

“Ne dites pas à ma mère que je suis professeur au secondaire, elle croit que je vends de la coke pour le cartel de Medellin…”

On vient de ressortir Les Filles de Caleb en DVD. Je pense que je vais le montrer à mes filles, ce week-end. Pensez-y: une prof qui est respectée par sa communauté, une prof qui est admirée, aimée, traitée avec déférence!

Mes enfants vont trouver ça plus pété que Le Seigneur des Anneaux… 

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