Papa n’en revient pas

Posted by J-P in Généralités, Myriam | 4 Comments

Maintenant que les premières visites de famille sont terminées, comme me le demandait ma voisine qui a été plusieurs fois maman, comment ça va avec le bébé?

D’abord, il faut dire le cliché habituel qu’on entend toujours de ceux qui ont eu des enfants, un bébé change effectivement la vie de fond en comble. Nous l’avions entendu tout azimut, mais il n’y a rien comme le vivre soi-même pour en réaliser toute la portée. Un bébé demande tellement d’attention, qu’il devient notre univers. Chaque jour, nous le connaissons mieux. Nous, en tant que parents, ne voyons plus que lui pour subvenir à ses besoins. C’est la paille qui devient la poutre devant notre oeil. Il n’y a plus beaucoup de temps pour s’informer, penser au travail qu’on ne fait pas, peu de temps pour faire autre chose, peu de temps à perdre. Le monde extérieur s’efface pour faire place au monde du bébé. Ce billet, par exemple, je l’écris dans mon quart de veille au lieu de me coucher pour me reposer.

Chaque minute de temps est comptée en fonction des boires et des besoins du bébé. Chaque changement de comportement du bébé prend pour nous des proportions immenses, mais qui peuvent sembler banales pour le monde extérieur.

Nous notons tout ce qui entre, les boires et tous les déchets qui sortent de notre petite en fonction des heures. Nous pouvons prévoir les boires et surtout, nous accumulons les données pour les fournir au médecin pour suivre l’évolution du bébé. Cette liste sera importante plus tard pour introduire les nouveaux aliments un à un et détecter si la petite est allergique ou ne tolère pas tel ou tel aliment.

Déformation professionnelle, j’ai bâti avec Hélène une liste excel qui contient toute ces informations depuis le 4 janvier. Mon beau-frère me demandait à la blague si j’avais fait des courbes ou diagrammes de statistiques (pointes de tartes) sur les quantités de boire, le nombre moyen de boires par jour, la quantité de lait bu, etc. Je lui ai dit que non en souriant, mais avec un peu de temps, je pourrais le faire puisque toutes les données sont là. Je rendrai disponible le fichier de statistiques de Myriam ici si vous voulez le consulter et le télécharger. Si jamais, vous avez un bébé et que vous vouliez l’utilisez, ne vous gênez pas!

Et bien, cette nuit, il s’est passé quelque chose qui fait que papa est passablement surpris. Papa n’en revient absolument pas.

Pour vous mettre dans le contexte, du côté pratique et logistique des choses, Myriam réclame son boire en intervalles de deux heures à deux heures trente durant le jour. Ces intervalles étaient un peu plus longs auparavant, soit entre trois et quatre heures. De plus, Hélène et moi avons remarqué qu’elle a tendance à boire un peu plus de biberons complets de quatre onces. Elle ne les finit pas, mais la quantité augmente sensiblement.

Ensuite, Myriam est un bébé sage généralement le jour, mais les choses se compliquent en soirée et la nuit. Myriam crie et elle crie fort à s’époumoner quand arrive le soir et quelques fois le jour. Son visage est crispé, tout rouge, elle relève la tête lorsqu’on la promène sur notre épaule. Nous la changeons de position dans nos bras, rien n’y fait, la petite fait une de ses crises comme si elle était possédée par le diable.

Voici donc le scénario classique. Myriam vient de boire, donc elle est repue. Nous venons de changer sa couche, donc elle est au sec et n’est pas inconfortable. Nous lui parlons gentiment avec des mots doux. Nous la tenons dans une position verticale pour lui faire faire son rot que nous entendons bien. L’air emprisonné dans son système digestif sort, il n’y devrait pas y avoir de problème. Nous mettons de la musique douce, nous lui parlons en essayant de la rassurer, rien n’y fait. Nous avons essayé de la mettre sur la sécheuse une fois, mais ça ne fonctionne pas. Myriam ne peut se calmer. Ce n’est pas de sa faute, pauvre petite, mais elle joue avec ses nerfs, nous nous creusons la tête pour savoir ce qui se passe, mais nous épuisons toutes les possibilités.

Trente minutes de ce manège passent facilement. La promenade et le berçage nous délurent les muscles. Après une heure, cela passe encore, mais les cris de la petite affectent plus notre psychologie que d’autres choses. Un petit être est dans nos bras en train de hurler et de s’époumoner. Que faire pour lui venir en secours? Les médecins s’entendent pour dire qu’un nouveau-né ne pleure pas par caprice. Il y a quelque chose qui incommode le bébé et il faut mettre le doigt sur le bobo. On varie donc les moyens pour s’en sortir. On essaie tout ce qui nous passe par la tête, le changement de position, tenter de lui donner d’autre lait, vérifier la couche, faire jouer de la musique, allumer ou fermer les lumières, demander conseil à l’autre parent ou téléphoner à notre famille si nous sommes le jour. Après deux ou trois heures dans l’exercice, le physique et le psychologique sont en train de lâcher et c’est alors qu’un des deux parents commence sérieusement à paniquer.

Pourtant, heureusement, nous avons trouvé la recette miracle qui guérit les maux de Myriam: nous la mettons dans sa petite chaise bleue qui vibre. Elle hurle dans nos bras, je la place dans la chaise et la petite arrête ses hurlements. Aussi simple que de mettre la “switch” à OFF. Hélène et moi bénissons donc cette chaise bleue à tel point que ce sera notre cadeau pour nos connaissances qui auront des bébés. Par contre, la chaise bleue a aussi ses limites et ne fonctionne pas à tous les coups.

La stratégie d’Hélène et moi jusqu’à il y a quelques jours fut d’alterner les boires aux trois ou quatre heures jour et nuit. Hélène en fait un, puis je fais le suivant. Le problème est que les périodes de sommeil la nuit sont écourtées et que la fatigue prend le dessus. Surtout lorsqu’il faut passer une heure, souvent deux et parfois trois entre les boires pour tenter de calmer les crises de Myriam. Ce n’est pas une recette pour faire des parents forts et en santé. En fait, c’est le rouleau compresseur.

Il fallait donc faire quelque chose et faire fonctionner notre imagination en recherche de solutions. Comme dit le proverbe, la nécessité est la mère de l’invention. Ainsi, il y a quelques jours Hélène a suggéré de faire deux boires de suite la nuit, question d’avoir une période de sommeil potable pour chaque parent. J’ai emboîté le pas en définissant une nuit fictive de 12 heures, de 21h à 9h le matin. Nous avons alors divisé la nuit à l’heure la plus inconfortable pour les parents, soit 3 heures du matin. Hélène s’occupe donc de Myriam pour la garde de 21h à 3h pour la calmer, la faire boire, la changer, puis je m’occupe de l’autre quart de 6 heures, soit de 3h à 9h. Chaque parent est ainsi assuré d’avoir une période de répit d’au moins 6 heures et Hélène peut même se mettre des bouchons dans les oreilles pour bien dormir sans s’inquiéter sur mon quart de garde, elle sait que je veille au grain… Savez-vous quoi? Cela fonctionne à merveille et nous retrouvons petit à petit notre équilibre mental!

Par contre, il y a des exceptions problématiques et Hélène en a vécue une hier soir durant son quart de garde. Myriam était dans une phase de crise aigue. Elle était inconsolable. Hélène a tout fait de 21h à 23h30, mais la petite hurlait toujours. Épuisée et en détresse, Hélène est venue me chercher dans mon lit en me disant qu’elle ne savait plus quoi faire. C’est alors que j’ai perché la petite sur mon épaule quelques minutes pour faire la promenade dans le salon. Puis, j’ai pensé à la chaise bleue. Hélène n’y avait pas vraiment songé dans le feu de l’action. Je dépose la petite dans la chaise, actionne la vibration et hop, elle cesse de crier. Je vous dis, cette chaise fait des miracles. Hélène était emballée. Je lui ai dit merci-bonsoir, en faisant mon petit fanfaron, puis suis retourné au lit pour dormir avant ma période de veille.

Myriam devait boire vers 3h du matin puisque Hélène lui avait donné le boire à 22h45. Vers 3h15, j’entends Myriam chigner quelque peu. J’attends quelques minutes pour m’assurer que ce ne soit pas une fausse alerte, pour savoir si elle est bien réveillée et si elle a vraiment faim. Elle pousse d’autres gémissements. Ça y est, je me lève pour faire chauffer le biberon. J’arrive ensuite à la bassinette. Étrangement, Myriam a les yeux fermés. Serait-ce une fausse alerte? Je la sors du lit et m’installe sur la chaise berçante en baillant car je suis persuadée qu’elle va se réveiller bientôt pour boire. Cinq minutes plus tard, la petite dort toujours dans mes bras et je décide de la recoucher. Je retourne au lit en me disant que je pourrai bien gagner quelques dizaines de minutes de sommeil.

C’est ici que papa n’en revient pas ce matin. Myriam m’a réveillé très tard à 5h35. Pour la première fois, Myriam a attendu un gros 6 heures 50 minutes avant de réclamer son boire ce matin. Du jamais vu! Hélène lui a donné son boire à 22h45 le 22 janvier et je lui ai donné le suivant à 5h 35 ce matin! Voici une statistique sur Myriam qui vaut plus pour moi que n’importe quel record mondial ou olympique au cent mètres. Mieux que si Ben Johnson l’avait couru en seulement 9 secondes. Mieux que si le déficit canadien avait miraculeusement fondu durant la nuit. Voici donc la statistique, pour moi titanesque, qui me jette à terre.

Comme la vie est belle et quelle bonne nouvelle. Papa est complètement ébloui, ébahi, soufflé. C’est le rouleau compresseur à l’envers. Myriam, tu es possiblement en voie de faire de bonnes nuits! Ce sommeil de presque 7 heures est un record phénoménal dans notre petit monde instable depuis ta naissance. Ton record mondial. Myriam, papa n’en revient pas et il a hâte de donner la bonne nouvelle à maman… Attend qu’il lui dise ça quand elle se réveillera tantôt. Et puis, qu’est-ce que ce sera quand tu diras tes premiers mots?

4 Responses to Papa n’en revient pas

  1. Suzanne Lavoie says:

    Moi non plus je n’en reviens pas!

  2. Gilles Langevin says:

    Quand des observateurs à l’esprit aiguisé suivent avec une telle attention et une telle tendresse les gestes les plus communs de leur petite, voilà les merveilles auxquelles ils aboutissent. Toutes mes félicitations et mon admiration.

  3. Antonine Paquin says:

    Eblouissant compte-rendu de votre quotidien de parents et celui de Myriam! Quels mystères que le développement de ces petits. J’ai bien ri, je l’avoue, et aussi bien sympathisé avec vous. Vous serez des as de l’ingénérie de bébé Myriam. Bon dodo papa.

  4. Hélène says:

    Bonjour,
    Je suis “tombée” sur votre site par hasard…
    Votre petite fille fille est adorable (un de mes petits enfants a bénéficié de la même balançoire, c’est vraiment très bien)… Je suis une grand-mère française, j’ai eu quatre filles et j’ai cinq petits-enfants. J’ai beaucoup ri en vous lisant. Avec le recul du temps, on oublie mais ce que vous racontez est tellement vrai que je me suis retrouvée “jeune parent” à l’époque des couches, des biberons, de ces nuits qui n’en finissaient pas et de ces petits matins qui émerveillent… Je vous souhaite bon courage, il en faut pour élever les enfants mais on gagne tellement de bonheur !

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