Orford: les libéraux au fond du baril…

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Les libéraux de Jean Charest, épaulés par le Ministre Claude Béchard, ont misérablement géré le dossier de la privatisation du mont Orford.  Ils se sont mis la corde autour du cou avec ce projet totalement inutile.  Tout était tellement mêlé dans cette affaire et le gouvernement a si mal expliqué l’idée de ce projet à la population, que je ne n’ai même pas retenu qu’elles en étaient les objectifs.  Un projet de vent, un coup d’épée dans l’eau pour un enjeu dont personne ne voulait à part certains élus obstinés.

Et puis, je me rappelle la perle de la ministre Gagnon-Tremblay qui disait “si vous voulez la montagne, achetez-là!”  Ce brillant commentaire permet bien d’éclaircir les choses et on comprend qu’on ne comprend rien.  Pas fort!  Comme commentaire ou sottise, c’est difficile d’aller plus bas…

J’enfonce le dernier clou du cercueil avec la chronique de Michel C. Auger qui fait l’éloquente démonstration de la fin des mythes et des contradictions du projet d’Orford qui devrait, je l’espère, mourir de sa belle mort.

Orford : la fin des mythes
La commission parlementaire est l’une des belles inventions de la démocratie québécoise. Parce que si un gouvernement essaie d’en «passer une vite» aux citoyens, elle permettra de voir clair dans ses intentions. Ce fut le cas, il y a quelques mois, pour le CHUM. Aujourd’hui, c’est Orford.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le projet de privatisation d’une partie du Parc national du Mont-Orford ne sort pas renforcé de ces audiences. Bien au contraire, la plupart des mythes que le gouvernement Charest avait tenté de créer pour justifier son projet auront volé en éclats.

Le premier de ces mythes – le mythe fondateur, en quelque sorte – c’est qu’il y avait un large consensus dans les Cantons-de-l’Est en faveur du projet du gouvernement. Ce qui n’aurait du être qu’un simple «dossier de comté» aurait viré en crise nationale uniquement à cause de l’intervention de gens de l’extérieur de la région et de militants opposés à toute forme de développement. Des écolos du Plateau ou des amis des petits oiseaux, qui ne peuvent comprendre la réalité d’une région qui souffre économiquement. Les gens de l’Estrie, eux, comprenaient et appuyaient le gouvernement.

C’est ce que répétaient constamment le premier ministre Jean Charest et la ministre Monique Gagnon-Tremblay en brandissant très haut leur titre de député de la région, bien connectés sur le pouls de leurs commettants.

Or, ce que les audiences publiques ont démontré, c’est qu’il n’y a pas, aujourd’hui – et il n’y a jamais eu – de consensus régional autour de l’idée de vendre une partie de la montagne à un promoteur privé pour qu’il y érige des condos.

En fait, un consensus régional est en train d’émerger mais il rejette le projet du gouvernement. Il appuie plutôt l’idée de la municipalité régionale de Memphrémagog qui veut un projet récréotouristique à Orford, avec un hôtel plutôt que des condos et sans sortir la montagne du Parc national qui porte son nom.

Ce projet n’est pas celui d’écologistes verdoyants, mais de gens qui s’occupent de développement économique au niveau local. C’est l’organisme Tourisme Cantons-de-l’Est qui a le mieux résumé leur position : «La vente du domaine skiable pour atteindre les objectifs visés n’a jamais été revendiquée ni discutée en région, a soulevé une désapprobation généralisée tant dans les Cantons-de-l’Est qu’au Québec et fragilise plutôt qu’elle n’avantage, la solution que l’on souhaite mettre de l’avant.»

Le même organisme a aussi dégonflé le second mythe de la position gouvernementale, qui consiste à prétendre qu’il faut vendre un bout de Parc national à un promoteur privé, pour mieux le réhabiliter : «le fait de «refiler» la réhabilitation des milieux dégradés au promoteur privé envoie le message que dorénavant, la protection et la réhabilitation des milieux naturels sont des réalités mieux desservies sur un terrain privé que dans un Parc national en plus de créer une obligation financière disproportionnée au nouveau promoteur».

Si le Mont Orford s’est dégradé, comment prétendre que seul le secteur privé peut régénérer le milieu naturel et que cela est incompatible avec une vocation de Parc national? À l’inverse, obliger un promoteur privé à le faire à ses frais aurait pour effet de miner la rentabilité de tout projet immobilier.

Troisième mythe : celui de l’agrandissement du Parc. Même si le projet de loi 23 s’intitule Loi permettant d’assurer l’agrandissement du parc national du Mont-Orford, il est devenu évident au cours des audiences publiques que l’agrandissement du parc est un projet bâclé à la dernière minute qui ne visait qu’à faire avaler l’idée de privatiser la montagne.

Le but réel du gouvernement n’a jamais été de doubler la superficie du parc et sa priorité n’est aucunement d’assurer la protection de ces terrains, comme en fait foi ce «jardinage» — qui ressemble un peu trop à une coupe à blanc – que continue impunément une compagnie forestière sur ses terres, avant qu’elles ne soient incluses dans le Parc.

Mais surtout, le ministre Claude Béchard n’a jamais été capable de démontrer pourquoi il fallait privatiser une partie du Mont Orford pour doubler la superficie du Parc national. La réalité, c’est qu’il n’y a aucun rapport entre les deux opérations et qu’on pouvait facilement faire l’une sans l’autre.

À la fin de l’exercice, c’est donc M. Béchard qui se retrouve isolé sans avoir réussi à faire la preuve que sa loi spéciale était incontournable. C’est la beauté des commissions parlementaires : elles nous ramènent toujours à l’essentiel. Dans le cas d’Orford, c’est la vente d’un bien public au profit d’un promoteur privé. C’est la vente d’un Parc national qui appartient tous les Québécois à une minorité de privilégiés et de propriétaires de condos.

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