L’exploit de Super Mario

Posted by J-P in Généralités | Tagged | Leave a comment


Caricature: Serge Chapleau

Personne n’aurait pu prédire un tel raz-de-marée adéquiste qui a propulsé l’ADQ avec Mario Dumont dans l’opposition officielle. Les journalistes et les sondeurs d’opinion ont été médusés par le résultat des élections: un gouvernement minoritaire libéral, l’ADQ comme opposition officielle et le PQ relégué au troisième rang. Charest et Boisclair devront maintenant passer à l’action pour reconstruire leur parti tandis que Mario Dumont peut déjà penser à se faire des cartes de futur Premier Ministre comme l’écrit dans sa chronique le journaliste Vincent Marissal:

En fait, le chef de l’ADQ peut déjà commander ses cartes d’affaires avec le titre « premier ministre « tellement les astres qui viennent de s’aligner devant lui le guident directement vers le pouvoir. Les astres, parfois, trompent le voyageur, mais Mario Dumont a démontré dans cette campagne historique qu’il est bien en selle et qu’il sait tenir le cap.

Surtout qu’avec ce résultat, M. Charest n’en a peut-être plus pour très longtemps en politique. Et André Boisclair encore moins.

Ce que je retiens des élections d’hier:

    1) Le gouvernement minoritaire n’est pas nécessairement mauvais pour notre démocratie et au contraire il peut être bénéfique.

On le voit par l’expérience au gouvernement fédéral qui s’avère plutôt positive. Le gouvernement au pouvoir a réussi à faire des choses tout en étant suivi de près par l’opposition. Il est à prévoir qu’il pourra sortir du bon dans le choc des idées et la nouvelle dynamique qui s’installera au parlement québécois. Une chose est sûre, le gouvernement ne pourra pas s’asseoir sur ses “lauriers” et faire n’importe quoi. Il aura un chien de garde qui le suivra de près.

Ensuite, cette émergence fulgurante de l’ADQ prouve que l’argent et le pouvoir ne sont pas absolument nécessaires pour assurer le succès de partis politiques. Comme l’écrit aujourd’hui dans son éditorial André Pratte de La Presse:

Il y a une très bonne nouvelle dans les résultats d’hier. Les Québécois ont pu bouleverser l’ordre politique existant malgré les moyens bien supérieurs des deux grands partis. Cela prouve que, si le régime électoral actuel est désuet, la démocratie québécoise, elle, est encore bien vivante.

    2) Le PQ et l’option souverainiste sont en voie de disparaitre.

Le verdict de la population semble clair, ils ne veulent pas entendre parler de la souveraineté. Le PQ doit penser sérieusement à se reconstruire et revoir son approche s’il veut survivre, sinon ce parti sera peut-être le parti d’une génération qui s’éteindra bientôt. C’est aussi l’avis d’Alain Dubuc dans sa chronique, Une élection historique:

…C’est un message qui marque probablement la fin d’un cycle politique, et le signe que le nationalisme québécois s’exprimera dorénavant par d’autres voies. C’est donc peut-être la fin d’un chapitre de notre histoire politique qui s’était ouvert à la fin des années 60.

La population rejette ainsi les traditionnelles positions de fédéralisme passif à la Jean Charest et de la souveraineté du parti québécois. Le verdict du scrutin indique qu’elle est ouverte à une vision autonomisme que l’ADQ devra peaufiner dans le futur.

    3) Les valeurs des québécois sont remises en question.

L’ADQ est le seul parti qui a poussé avec force une politique familiale renouvelée, une politique qui veut replacer la famille comme valeur fondamentale dans notre société.

Dans le même élan de questionnement des valeurs, Dumont propose une commission pour revoir le statut des personnes du troisième âge.

Il y a aussi toute la question des accomodements raisonnables et de l’extrême ouverture des québécois aux nouvelles réalités. À ce sujet, j’entendais ce matin Denise Bombardier commenter le résultat des élections. Pensons au mariage des personnes de même sexe, à la pseudo-ouverture sans conditions, qui vient largement de Montréal, sur l’ouverture aux mariages gais, à la tolérance extrême des québécois face aux autres cultures. Toutes ces valeurs qui originent presque exclusivement de la culture du Plateau Mont-Royal sont catapultées dans les régions. Aujourd’hui, nous découvrons que les gens des régions du Québec disent “Minute là, nous n’avons jamais été consultés sur tous ces changements de valeurs. Êtes-vous sûrs, les urbains, que vous allez dans la bonne direction?”

Le succès de l’ADQ nous rappelle que les valeurs des québécois ne seront pas uniquement décidées par les urbains de Montréal qui discutent dans les cafés à la mode du Plateau. Richard Martineau disait que les gens de la Côte Nord en ont assez d’entendre les bulletins de circulation des ponts de Montréal. Les urbains ont tendance à mépriser un peu les gens de l’extérieur des grandes villes et de tout vouloir centrer égoïstement les politiques sur le mode de vie de la ville. Ils ont tendance à regarder les “habitants” de haut avec une grande condescendance. C’est une erreur parce que la réalité de l’ensemble des valeurs des québécois ne peut pas être uniquement assimilée à celle des villes. Le modèle de la ville ne peut être appliqué aux régions.

Le succès de Dumont est comme on dit en anglais, un “reality check” et un gros “wake-up call”.

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