La tempête et les regrets du pape

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Hier, Benoit XVI en personne s’est dit attristé par la tournure des évènements entourant son discours en Allemagne et par la controverse faisant rage parmi les musulmans. Le journaliste Yves Boisvert publie aujourd’hui une chronique dans La Presse à ce sujet dont voici un extrait:

Le christianisme a fait des millions de morts au nom de Dieu. Des guerres de religion aux Croisades aux guerres de tous les temps, les chrétiens ont répandu le sang pour la gloire de Dieu. Mais on ne connaît guère d’exemple, de nos jours, de leaders religieux chrétiens, même dissidents, qui prêchent la violence.

Il y a donc là un authentique sujet de débat. Mais le pape, héritier d’une lourde tradition d’infamies et d’injustice, est mal placé pour faire des leçons de doctrine aux autres religions. Il a fallu plus de trois siècles au Vatican pour reconnaître que ce fut une erreur de condamner Galilée pour avoir dit que la Terre tourne autour du Soleil, et non l’inverse, comme l’enseignait l’Église.

Les rapports entre foi et raison? Excellent sujet. Mais songeons simplement que le pape est réputé infaillible quand il se prononce en chaire sur des points de doctrine. Ainsi, en fut-il décidé dans un concile en 1870. Allez parler de raison ensuite.

Puis dans le quotidien français Le Monde, cette chronique de Marc SEMO poursuit l’analyse de la tempête qui secoue le Vatican:

«Je suis vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage de mon discours (…) considéré comme offensant pour la sensibilité des croyants musulmans alors qu’il s’agissait d’une citation d’un texte médiéval qui n’exprime en aucune manière ma pensée personnelle», a déclaré dimanche le pape Benoît XVI lors de la célébration de l’Angelus. Il a également affirmé «espérer que cela servira à apaiser les coeurs et à clarifier le sens réel de mon discours, qui dans sa totalité était et reste une invitation à un dialogue franc et sincère, dans le respect mutuel» . Après la controverse soulevée par ses propos sur l’islam lors d’une conférence universitaire à Ratisbonne, en Bavière (lire ci-contre), le pape a exprimé ses regrets, hier, depuis sa résidence d’été de Castel Gandolfo où des mesures exceptionnelles de sécurité ont été prises. Mais il s’est refusé à présenter les excuses formelles exigées par nombre de représentants du monde musulman. Déjà, la veille, le nouveau secrétaire d’Etat Mgr Tarcisio Bertone avait affirmé que le pape était « absolument désolé» que ses propos sur l’islam et le jihad «aient été interprétés d’une façon qui ne correspondait pas à ses intentions» .

Première. Certes, le chef de l’Eglise catholique ne bat pas sa coulpe en public mais une telle mise au point par un souverain pontife est sans précédent. «C’est la première fois qu’un pape se montre désolé quelques jours après une de ses interventions et qu’il semble vouloir faire marche arrière pour atténuer les critiques», remarque Giuseppe Alberigo, directeur de l’Institut pour les sciences religieuses de l’université de Bologne. Dans une interview au quotidien La Repubblica, il souligne que «Jean Paul II avait certes demandé pardon pour des erreurs historiques de l’Eglise mais pas pour l’un de ses discours. En outre, jamais ce pape marqué par les expériences dramatiques du nazisme puis du communisme n’avait prononcé des paroles suscitant des réactions aussi violentes et aussi dangereuses.» Monarque absolu et en théorie infaillible, le pape n’a de comptes à rendre à personne. Mais là, il ne s’agit pas d’une question de doctrine ou d’organisation de l’Eglise, et le Vatican semblait de plus en plus embarrassé des conséquences des propos de l’ancien gardien du dogme et brillant théologien ultraconservateur qui semble parfois avoir oublié qu’il est devenu pape.

Au Vatican, toute l’institution fait bloc pour calmer les polémiques et souligner qu’il s’agit d’un malheureux malentendu. Mais certains s’inquiètent de l’absence de sens diplomatique du successeur du très politique et médiatique Jean Paul II. Ainsi, en juillet 2005, moins de trois mois après son élection, l’ex-cardinal Ratzinger oublia dans un discours place Saint-Pierre de citer Israël parmi les pays victimes du terrorisme, suscitant alors l’ire de Tel-Aviv. Lors de sa visite à Auschwitz, fin mai, il prononça un discours de haute tenue théologique sur l’horreur absolue de la Shoah dans l’absence de Dieu, mais réduisit le nazisme à «un groupe de criminels» s’emparant du peuple allemand, ce qui revenait à dédouaner ce dernier de toute responsabilité. C’était pour le moins maladroit dans la bouche d’un pape allemand qui fut dans sa jeunesse obligé de porter l’uniforme des Jeunesses hitlériennes. Les risques de dérapages sont d’autant plus réels que, selon les rumeurs de la Curie, ce pape ne fait guère lire à l’avance à ses collaborateurs le texte de ses interventions, notamment celles qui ont un caractère avant tout théologique.

Enfin, comme vous pourrez le constater l’article Papal Bull de la revue Slate.com dénonce les propos du pontife en y voyant une intervention hypocrite, rejoignant ainsi la position du chroniqueur Yves Boisvert.

… Attempting to revive his moribund church on a visit to Germany, where the Roman congregations are increasingly sparse, Joseph Ratzinger (as I shall always think of him) has managed to do a moderate amount of harm—and absolutely no good—to the very tense and distraught discussion now in progress between Europe and Islam. I strongly recommend that you read the full text of his lecture at the University of Regensburg last Tuesday.

After the most perfunctory introduction, Ratzinger goes straight to his choice of quotation, which is taken from 14th-century Byzantine Emperor Manuel II. This potentate supposedly once engaged in debate—the precise time and place is unknown—with an unnamed Persian. The subject was Christianity and Islam. The Byzantine asks the Persian to “show me just what Mohammed brought that was new, and there you will find things only evil and inhuman, such as his command to spread by the sword the faith he preached.” (On the face of it, not a very open-ended inquiry.) But, warming to his own theme, the purple-clad monarch of Constantinople allegedly added that “to convince a reasonable soul, one does not need a strong arm, or weapons of any kind, or any other means of threatening a person with death.”

Now, you do not have to be a Muslim to think that for the bishop of Rome to cite this is the most perfect hypocrisy. There would have been no established Byzantine or Roman Christianity if the faith had not been spread and maintained and enforced by every kind of violence and cruelty and coercion. To take Islam’s own favorite self-pitying example: It was the Catholic crusaders who sacked and burned Christian Byzantium on their way to Palestine—and that was only after they had methodically set about the Jews, so the Muslim world was actually only the third victim of this barbarity. (Sir Steven Runciman’s A History of the Crusades is the best source here.) Yet of all the words he could have chosen, to suggest that religion might wish to break its old connection with conquest, intolerance, and subjugation, Ratzinger had to select an example that was designed to remind his hearers of the crudest excesses of the medieval period. His mention of Manuel II was evidently not accidental or anecdotal. He refers to him repeatedly and returns to him again in the closing paragraph, as if to rub it in.

And of course now we hear, as could have been predicted, the pathetic and unconvincing apologies issued by his spokesmen and finally Ratzinger himself. These will only serve to convince infuriated Muslims that by threatening reprisal, calling for the severing of diplomatic relations with the Vatican, and issuing a few more sanguinary fatwas, they can force yet another retreat. The usual things have happened: the shooting of a nun in Somalia and the desecration of Christian churches in Palestine. And so the ecumenical “dialogue” goes on.

To read the bulk of the speech, however, is to realize that, if he had chanced to be born in Turkey or Syria instead of Germany, the bishop of Rome could have become a perfectly orthodox Muslim. He may well distrust Islam because it claims that its own revelation is the absolute and final one, but he describes John, one of the apostles, as having spoken “the final word on the biblical concept of God,” and where Muslims believe that Mohammed went into a trance and took dictation from an archangel, Ratzinger accepts as true the equally preposterous legend that St. Paul was commanded to evangelize for Christ during the course of a vision experienced in a dream. He happens to get Mohammed wrong when he says that the prophet only forbade “compulsion in religion” when Islam was weak. (The relevant sura comes from a period of relatively high confidence.) But he could just as easily have cited the many suras that flatly contradict this apparently benign message. The familiar problem is that, if you question another religion’s “revelation” and dogma too closely, you invite a tu quoque in respect of your own. Which is just what has happened in the present case.

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