Les murailles de Carcassonne

Posted by J-P in Photographie, Voyage | Tagged | 3 Comments

Nul besoin de la machine à voyager dans le temps de H.G. Wells pour se transporter dans les forteresses médiévales et vivre l’expérience du Moyen Âge.  Avec un peu de temps disponible et les moyens d’aller en Europe, il suffit d’atteindre une ville comme la Cité médiévale de Carcassonne pour explorer à fond les monuments de cette époque.  Une visite à cette ville fortifiée est, sans contredit, un point saillant d’un séjour dans le sud de la France.

Voici le récit de ma chasse photographique en quête d’un point de vue imprenable sur les murailles de Carcassonne.  Tout commence par une carte postale achetée vers midi dans la Cité.  La carte, dont le format panoramique éveille d’abord l’attention de ma tête de panoramiste, montre les murailles sous l’éclairage féérique de la nuit.  Je suis ébahi, les forteresses éclairées et les dômes rouges et bleus des tourelles illuminées par les projecteurs dansent presque sous le ciel bleu saturé du crépuscule.  La scène saisissante révélée par la carte postale est absolument splendide et le projet de capturer ma propre version de l’image nait à cet instant.  Voici la fameuse carte postale du photographe Paul Palau (cliquer pour la grossir):

Je demande à des vendeurs et des guides touristiques s’ils savent d’où est-ce que cette vue de la ville avait été prise selon eux.  Les gens hésitent en tenant la carte postale comme s’ils sont penchés sur un dur problème de mathématique.  La ville fortifiée est circulaire et il n’est pas évident de reconnaitre le point de vue de la carte.  Il faut parvenir à identifier quelques bâtiments, la Basilique Saint Nazaire, les tourelles.  Puis enfin une réponse semble plus convaincante et m’inspire un peu plus confiance par l’assurance de la jeune guide touristique de la cité.  La carte géographique de la ville aidant à mûrir mon plan, il devient plus clair maintenant que l’image avait été prise de l’autre côté de la rivière Aude.  Avait-elle été croquée du Pont Vieux, du Pont Neuf ou d’une rue de la ville?  Je ne sais pas exactement, il faudra donc chasser et repérer en temps et lieu comme il est souvent nécessaire de le faire en terrain inconnu.

En soirée, après le coucher du Soleil, je convaincs Hélène de venir avec moi pour la chasse aux remparts éclairés.  Un peu d’hésitation, puis ça y est, elle est d’accord.  Nous sortons donc en voiture de la Cité médiévale. 

Après le vieux pont d’Avignon, voici un autre vieux pont et fier de l’être!  Le Pont Vieux de 210 mètres de longueur date du Moyen Âge, de 1359 pour être précis, et il est resté très longtemps l’unique lien de pierre entre la Bastide Saint Louis et la Cité.  Une première visite à pieds sur le Pont Vieux est intéressante pour découvrir ce pont historique, mais le point de vue sur la Cité est plutôt décevant.  Les mots se cognent à rebours dans ma tête la première fois que je lis le nom du pont sur l’enseigne.  Ce vieux pont se nomme le Pont Vieux!  Il y a quelque chose qui cloche dans ces mots, je pense me tromper, je relis l’enseigne et le nom finit par s’installer. 

Par contre, ce n’est pas le bon endroit pour contempler la cité flamboyer sous les feux de la nuit puisque la vue est partiellement obstruée.  Nous reprenons la voiture pour traverser l’autre pont, judicieusement nommé le Pont Neuf.  Décidément l’originalité des noms de ponts à Carcassonne a de quoi décontenancer le visiteur.  Vous devinez ainsi que le Pont Neuf est d’un âge beaucoup plus moderne que le Pont Vieux, sur lequel les véhicules ne peuvent passer.  Ça doit bien être là qu’il faut aller après tout, comme la guide me l’avait indiqué.  En roulant sur le Pont Neuf et en retournant ma tête vers l’arrière à ma gauche, je comprends que j’ai trouvé la clé de mon énigme.  Jackpot!  La forteresse, avec en prime le Pont Vieux à sa droite, est parfaitement visible.  Il faut garer la voiture tout près et revenir à pied sur le trottoir du pont.

C’est le «must ou le top du top», comme disent les français, le soir quand les murailles sont éclairées.  L’effort de cette courte sortie en voiture à l’aube de la nuit, à l’extérieur de la cité fortifiée qui brille sous les feux artificiels, est récompensé par la scène qui s’offre devant nous.  Une vue à couper le souffle sur l’ensemble de la cité fortifiée et le Pont Vieux, qui s’étale sur près d’un kilomètre.  Des remparts gallo-romains au Nord, en passant par le Château Comtal, les Tours de l’Inquisition, de la Justice, de l’Évêque, la Basilique Saint Nazaire au Sud, tout ou presque est là devant nos yeux ébahis… 

Sous l’éclairage artificiel des projecteurs et des réverbères, je photographie la cité médiévale et le Pont Vieux qui enjambe l’Aude.  En y pensant bien, je ne m’attendais pas à ce que la scène nous présente la cité et le Pont Vieux dans une seule vue panoramique puisque la carte postale présentait uniquement la forteresse médiévale.  C’est donc une belle et agréable surprise pour nous deux et pour mon ensemble caméra-trépied chasseur d’images. 

J’installe rapidement mon trépied, sors le téléobjectif, l’appareil photo et le fil déclencheur souple car il fait nuit et rien ne doit bouger ou vibrer durant l’exposition.  Quinze minutes pour capter deux séquences de 15 images et un autobus plein de japonais plus tard, puis on repart.  Clic, clic, clic, vroum, vroum!

Voici le résultat du panoramique de Carcassonne.  (Cliquer sur l’image pour apprécier la résolution de la photographie et le détail des monuments)

À bien analyser ma photographie et en la comparant avec la carte postale, on se rend aisément compte que le point de vue et l’heure de la journée entre les deux images sont différents.  Ce n’est pas grave, puisque mon image est différente, personnelle et bien à moi.  Après tout, c’est ma propre version de la Cité dans son environnement et je suis bien heureux du résultat accompli en une seule soirée sur le site!  Je l’ai soumise sur Wikipedia et la réaction des gens est unanime, quelques “supports”, des “strong supports” et même un « fortified » support!  Si la tendance et le consensus se maintiennent, elle devrait atteindre le statut de « featured picture » d’ici la semaine prochaine! 

On doit à l’architecte français du 19ième siècle, Eugène Viollet-le-Duc, la restauration de la ville fortifiée, ainsi que celle de plusieurs autres édifices célèbres comme la cathédrale Notre-Dame de Paris.  Voici un extrait d’un texte de Viollet-le-Duc portant sur le projet de Carcassonne.  Le texte complet et captivant de l’architecte se trouve ici.

La Cité de Carcassonne – Description des défenses 

J’ai voulu donner un résumé très-succinct de l’histoire des constructions qui composent l’enceinte de la cité de Carcassonne, afin d’expliquer aux voyageurs curieux les irrégularités et les différences d’aspect que présentent ces défenses dont une partie date de la domination romaine et visigothe et qui ont été successivement modifiées et restaurées, pendant les XIIe et XIIIe siècles, par les vicomtes et par le roi de France.
     Quand on se présente devant la cité de Carcassonne, on est tout d’abord frappé de l’aspect grandiose et sévère de ces tours brunes si diverses de dimensions, de forme, et qui suivent, ainsi que les hautes courtines qui les réunissent, les mouvements du terrain pour obtenir un commandement sur la campagne et profiter autant que possible des avantages naturels offerts par les escarpements du plateau, au bord duquel on les a élevées. Du côté oriental est ouverte l’entrée principale, la seule accessible aux charrois, c’est la porte Narbonnaise défendue par un fossé et une barbacane garnie de meurtrières et d’un crénelage avec chemin de ronde. L’entrée est biaise, de façon à masquer la porte de l’ouvrage principal. Un châtelet, qui peut être isolé de la barbacane, la précède, à cheval sur le pont qui était composé de deux tabliers mobiles en bois, dont, les tourillons sont encore à leur place. Cette barbacane et le châtelet sont ouverts à la gorge afin d’être battus par les défenses supérieures de la porte Narbonnaise, si ces premiers ouvrages tombaient au pouvoir de l’ennemi.
     Du côté extérieur, les deux grosses tours entre lesquelles est ouverte la porte, sont renforcées par des becs, sortes d’éperons destinés à éloigner l’assaillant du point tangent le plus attaquable, de le forcer de se démasquer, à faire dévier le bélier (bosson en langue d’Oïl), ou à présenter une plus forte épaisseur de maçonnerie à la mine.
     L’entrée était d’abord fermée par une chaîne dont les attaches sont encore à leur place et qui était destinée à empêcher des chevaux lancés d’entrer dans la ville. Un machicoulis protége la première herse et la première porte en bois avec barres; dans la voûte est percé un second machicoulis, puis on trouve un troisième machicoulis devant la seconde herse. Il n’était donc pas facile de franchir tous ces obstacles. Mais cette entrée était défendue d’une manière plus efficace encore en temps de guerre.
     Au-dessus de l’arc de la porte, des deux côtés de la niche occupée par la statue de la Vierge, se voient, sur les flancs de chacune des deux tours, trois entailles proprement faites; les deux voisines de l’angle sont coupées carrément et d’une profondeur de 0m,20, la troisième est coupée en biseau comme pour recevoir le pied d’un lien de bois ou d’un chevron incliné. Au-dessus de la niche de la Vierge on remarque trois autres trous carrés profonds, destinés à recevoir des pièces de bois formant une forte saillie. Ces trous recevaient, en effet, les pièces de bois d’un auvent formant une saillie prononcée au-dessus de la porte, protégeant la niche et les gens de garde à l’entrée de la ville…

3 Responses to Les murailles de Carcassonne

  1. Suzanne Lavoie says:

    Quel chef- d’oeuvre que cette muraille de Carcassonne! Texte sublime et photo superbe…Il a fallu te creuser les méninges et faire beaucoup de pas pour arriver à réaliser ce tour de force!

  2. Suzanne Lavoie says:

    Je comprends que tu aies été médusé par cette carte de Carcassonne!
    Elle méritait à elle seule votre voyage…C’est majestueux, très coloré, unique, etc.etc.

    Cependant j’apprécie beaucoup de visualiser le fameux pont sur ta photo.
    Celà ajoute beaucoup au coup d’oeil, complète l’ensemble et lui donne de la vie.

  3. Gilles Langevin says:

    Le panorama des “murailles de Carcassonne” est une vraie merveille. Il faudrait peut-être un écran géant pour faire droit à l’ampleur,
    la variété, la richesse des monuments et des paysages. Y aurait-il moyen
    de fabriquer une vue totale de cet ensemble prodigieux, fait de murailles et
    de ponts et de bien d’autres choses? Félicitations.

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