Le Style Harper

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Voici le texte d’une chronique publiée hier par Michel C. Auger sur le style du Premier Ministre Harper révélé par l’entente sur le bois d’oeuvre: 

Le Style Harper

Au-delà des termes de l’entente sur le bois d’œuvre, ce qui est le plus révélateur dans toute cette saga, c’est ce que cela nous démontre du style du nouveau Premier ministre. Un style qui fait mentir tous ceux qui croyaient que Stephen Harper serait un idéologue cassant, peu porté aux compromis et aux accords où la réalité politique est plus importante que les principes.

Or, c’est exactement le genre d’accord que vient de négocier M. Harper sur le bois d’œuvre et – délicate ironie – ce sont maintenant les partis d’opposition qui lui reprochent de ne pas s’en être tenu à ses principes, à l’esprit de l’ALENA et aux décisions des tribunaux du commerce qui tendaient à donner raison au Canada.

La réalité est simple : cet accord est imparfait mais il était nécessaire. Les compagnies canadiennes n’en pouvaient plus et elles étaient prêtes à presque tout pour y mettre fin. Incluant laisser sur la table un des cinq milliards de dollars qu’elles ont payé à Washington en droits compensateurs.

Le problème du Canada dans cette partie de bras de fer avec les Etats-Unis, c’est que ceux-ci sont à peu près notre seul client pour ce qui est du bois de construction. Dans un marché aussi outrageusement dominé par l’acheteur, celui-ci a beau jeu d’imposer sa volonté, y compris quelques entorses aux règles de l’ALENA. C’est triste, mais c’est comme ça.

Devant cette situation, Stephen Harper a mis en pratique la vieille maxime qui dit qu’un mauvais accord vaut mieux qu’un bon procès. Après tout, le Canada en avait gagné plusieurs, de ces bons procès, et cela ne nous avait rien donné.

C’est le premier élément du style de M. Harper qu’il convient de noter : mieux vaut une entente imparfaite que pas d’entente du tout. Le tout couplé à une lecture impitoyable de la réalité politique qui fait qu’on refuse d’attendre la perfection et on règle.

Les provinces, en particulier, sont mieux de se le tenir pour dit dans des négociations sur le déséquilibre fiscal : dans l’esprit du nouveau premier ministre fédéral, il est illusoire d’attendre une entente qui satisfera tout le monde et jusqu’au moindre détail.

Deuxième élément de style : le premier ministre négocie en privé plutôt que sur la place publique et quand il arrive à une entente qu’il croit satisfaisante, il ne craint pas d’utiliser les armes que sont les heures de tombée et le «c’est à prendre ou à laisser».

Mercredi soir, encore, les principales provinces productrices de bois de construction : Colombie-Britannique, Ontario et Québec, se disaient contre l’entente. Mais le lendemain, elles ont fini par être avec M. Harper, ce qui, politiquement, a complètement coupé l’herbe sous le pied des partis d’opposition aux Communes.

Enfin, dernier élément, M. Harper n’a pas envie de dépenser des énergies pour régler un problème qui va lui revenir dans la figure rapidement. Le plus important de l’entente du bois d’œuvre, c’est qu’elle a une durée de sept ans, renouvelable pour deux autres années. L’industrie y retrouve l’élément de prévisibilité du marché qui était si important pour elle, alors que, pour M. Harper, c’est un dossier qui est réglé au moins pour deux élections et peut-être trois.

Comme quoi, si le premier ministre doit investir de l’énergie politique, il le fera pas pour rien. 

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