Le problème des enfants “manipulateurs-explosifs”

Posted by J-P in Généralités | 2 Comments

Après la leçon d’histoire de mon ancien prof d’histoire, je reste aujourd’hui dans le domaine des extraits audio. Je traite ici d’un phénomène qui a pris de l’expansion durant les dernières années au Québec selon plusieurs spécialistes, celui des enfants “explosifs”. Rassurez-vous, les enfants explosifs ne se transforment pas littéralement en kamikazes ou en bombes humaines. Il ne manquerait que ça, avoir des petits bouts-de-chou terroristes…

Ainsi, il n’y a pas que l’échec bureaucratique de nos réformes scolaires qui nuit à l’éducation de nos petits enfants. Selon plusieurs professeurs, de plus en plus d’enfants ont tendance à être violent, donner des coups, mordre leurs camarades ou leur professeur. En classe, lorsque le professeur demande à cet enfant quelque chose de banal, l’enfant contrarié refuse et se met à crier. Il devient frustré, puis à la longue son rendement scolaire chute. Il peut se jetter à terre et essaie de se faire vomir pour essayer de manipuler le professeur! Ces enfants finissent par se faire expulser de leur classe et perturbent l’apprentissage de tout le groupe. Le problème devient alors très sérieux, surtout lorsque les cas se multiplient et que le climat de la classe ne favorise pas l’apprentissage.

Une enseignante, interviewée à la radio par Paul Arcand, fait état de ce phénomène de plus en plus fréquent parmi les enfants d’âge préscolaire et du primaire. Le noeud du problème découle d’un laisser-aller des enfants à la maison et d’un manque de discipline des parents. Il y a là une lacune d’encadrement familial importante par des parents beaucoup trop permissifs et qui ne refusent rien à leurs petits. L’enseignante mentionne que la plupart du temps les parents nient ce problème de comportement lorsqu’ils sont confrontés par les professeurs. Mais il arrive un temps où ils se rendent à l’évidence que le problème a pris racine dans leur propre foyer.

L’enfant à qui l’on ne refuse rien à la maison en bas âge ne comprend pas qu’il y a des limites dans la vie en société. Il n’a pas l’habitude de se faire contrarier, il finit par exploser en classe et rend la vie infernale aux à ses camarades et aux professeurs. Ceci crée un impact direct sur la qualité d’enseignement et sur son propre développement. S’il est roi à la maison, il s’aperçoit qu’il n’est pas le roi dans la société et le choc est brutal. Le petit manipulateur qui manipule ses parents essaie de manipuler ses camarades ou ses professeurs.

Le commentaire de l’enseignante est troublant. Auparavant, il y avait un ou deux enfants explosifs dans une école. Aujourd’hui, il est courant d’en avoir deux ou trois par classe!

Écoutez l’enseignante Marie-Claude Tremblay en entrevue avec Paul Arcand:

Vous pouvez télécharger le fichier audio ici.

Sans revenir à l’époque où le directeur faisait trembler les petits enfants de peur, il faudrait tout de même corriger la situation. C’est avant tout aux parents de mettre des balises et d’encadrer les enfants avec un peu plus de discipline. Un enfant en bas âge ne peut décider par lui même ce qui est bon pour lui, tout comme il n’est pas assez avancé pour faire lui-même les règles du jeu de son évolution. Il n’est pas encore rendu au stade de comprendre les règles du jeu de son apprentissage et de tout décider dans sa vie. Selon ces enquêtes sur le phénomène, beaucoup de parents qui sont en train de fabriquer des enfants-roi et qui peuvent devenir des “enfants explosifs” devraient bien réaliser qu’ils rendent de bien mauvais services à leurs enfants. Ces experts se rejoignent tous en affirmant que les parents devraient prendre leur rôle de tuteur plus à coeur parce que la recette des enfants qui élèvent leurs parents est loin d’être une garantie de succès.

Surtout qu’aujourd’hui, avec les familles éclatées, un enfant a le risque d’avoir deux ou quatre parents et encore plus de grands-parents. Autrefois, les parents avaient plusieurs enfants. Aujourd’hui, les enfants ont plusieurs parents. De là à inverser les rôles, il n’y avait qu’un pas n’est-ce pas? Mais ça fait beaucoup de parents à éduquer pour un petit enfant! On se rend compte que la bonne vieille recette des parents qui devraient élever les enfants est pas mal plus efficace. Hum, est-ce que l’homme a évolué à ce point en 2006 pour faire cette brillante découverte pourrait-on demander avec ironie? 🙂

Enfin, c’est aussi le constat de Pierre St-Germain, président de l’association des professeurs de Montréal. Écoutez l’entrevue qu’il a donnée sur la chaine radio de Radio-Canada:

Vous pouvez télécharger le fichier audio ici.

2 Responses to Le problème des enfants “manipulateurs-explosifs”

  1. Suzanne Lavoie says:

    Ce message porte à réflexion. L’éducation n’est pas une chose facile! L’enfant a besoin d’un certain câdre pour évoluer
    comme il se doit. Cependant la discipline exercée nécesite de la part des parents et éducateurs, beaucoup de diplomatie.

    Il est facile de légiférer et de moraliser. Dans la pratique, la chanson est souvent différente. On fait ”ce que l’on peut”
    et pas toujours ”ce que l’on veut”…De plus, chaque cas est un cas d’espèce et les situations, parfois différentes.

    Etre parent, selon moi, est un des métiers les plus exigents, les plus beaux, les plus gratifiants, mais qui demande beaucoup de
    jugement, de sagesse, de patience, d’abnégation et de perspicacité.

  2. En écoutant ces professeurs, on découvre que le problème est que bien des parents ne VEULENT justement pas la bonne chose pour leur enfant. Les parents ne voient pas leur rôle de « cadre » pour encadrer le développement de leur enfant. Ils veulent devenir l’ami de leur enfant en leur permettant tout, comme s’ils veulent toujours avoir du “fun” avec leur enfant en faisant ce qu’il plait au petit dans l’instant présent. L’ennui est qu’en agissant ainsi, l’enfant n’aura pas beaucoup de « fun » plus tard lorsqu’il deviendra explosif et frustré.

    Cette trop grande permissivité est l’erreur relevée par les spécialistes. Le parent ne devrait pas être principalement l’ami de son enfant, mais avant tout son guide. La leçon des spécialistes est qu’il y a des principes généraux pour favoriser le développement de l’enfant, pour qu’il ne pousse pas tout croche. L’enfant a besoin d’affection, d’amour et de discipline pour bien se développer. Gâter ou pourrir un enfant n’est pas un service à lui rendre. Ils disent aussi que la dimension « discipline » fait largement défaut aujourd’hui selon leurs dires. Beaucoup de parents ne semblent pas comprendre ce point fondamental et permettent tout à leur enfant avec les conséquences que l’on voit.

    Si les parents veulent le bien de l’enfant, ils devraient pouvoir faire des efforts pour l’encadrer, lui mettre des balises qu’il retrouvera plus tard en société pour l’amour de celui-ci. J’étais au supermarché hier et un petit garçon effronté a tassé mon sac à l’épicerie sans me regarder ou me dire un mot. Sa mère était là à la caisse derrière moi et n’a pas bronché. Elle n’a manifestement pas donné de bonnes leçons de politesse à son fils. Ce dont se plaignent beaucoup de professeurs.

    Il y a quelque chose de défaitiste cette phrase:
    On fait “ce que l’on peut” et pas toujours “ce que l’on veut”.

    C’est avant tout un constat d’échec. Avant d’arriver là, on aurait besoin d’une formule toute faite pour le prévenir comme on veut prévenir les maladies. La prémisse dans “on fait ce que l’on peut” est qu’on “sait” ce qu’il faut faire. C’est ceci que bien des parents ne semblent pas connaître. Bien sûr, s’ils font les choses et “peuvent” faire les choses tout croche, ils n’arriveront probablement pas à ce qu’ils veulent et ce en assumant qu’ils savent vraiment ce qu’ils veulent.

    Si on ne sait pas ce qui est fondamentalement bon pour l’enfant, on a beau « pouvoir faire » ce que l’on peut tant qu’il faudra, je parie fort qu’on ne fera pas toujours “ce que l’on veut”. Ce n’est donc pas une garantie de succès.

    Si on veut absolument la formule d’une phrase déjà toute faite pour remplacer cette phrase défaitiste nous pourrions la reconstruire pour en faire un guide d’action positif pour aider les parents et les enfants. Il me semble aussi que cette phrase est une excuse facile aux parents d’enfants manipulateurs-explosifs qui n’ont pas fait les efforts nécessaires pour bien élever leur enfant. Avec cette phrase, on couvre tous les cas d’échec en ne proposant pas de solution positive au problème. Il y a quelque chose venant de nos racines modestes de « porteurs d’eau » dans cette phrase qui pardonne nos échecs et coupe nos ambitions. Cette mentalité peut se traduire ainsi : On est fait pour un petit pain, on fait ce que l’on peut et puis, si on ne peut pas faire beaucoup parce qu’on est faible, parce qu’on n’est pas bon, bien on aura pas tout ce que l’on veut.

    Complétons cette phrase défaitiste, ce constat d’échec, et donnons-nous une phrase construite de manière beaucoup plus constructive pour guider l’action des parents.

    On fait “ce que l’on doit faire” pour “atteindre nos objectifs”.
    Dans ce cas-ci, le bien et le bonheur de notre enfant, d’en faire quelqu’un qui ne sera pas frustré et s’épanouira dans le monde…

    Le concept est assez évident. D’abord il est positif et constructif tout en étant axé vers l’atteinte des objectifs étant le bien de l’enfant. Ensuite il sera toujours temps d’utiliser à regret les formules défaitistes en cas d’échec. Mais justement, le but est de diminuer les cas d’échec et d’espérer de ne pas les utiliser. Ceci semble évident, mais à la suite des constats des professeurs qui sonnent l’alarme, les parents des enfants-roi auraient avantage à le pratiquer et à se le rappeler.

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