La ministre de l’éducation avoue l’échec de la réforme

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La ministre de l’éducation Michelle Courchesne s’est fait interviewer par le journaliste Patrick Lagacé à l’émission des Francs Tireurs. Elle admet qu’elle n’est pas d’accord avec la réforme et qu’elle se bute aux fonctionnaires. Par exemple, elle n’est pas d’accord avec le fait qu’on ne donne plus de dictés dans certaines écoles et beaucoup d’autres points “ésotériques” dont ont accouché les fonctionnaires du ministère de l’éducation. Lagacé fait un travail remarquable et la politicienne avoue son impuissance. Le système est déréglé et fabrique des “épais” pour ne pas abaisser leur estime de soi. C’est le nivellement par le bas comme je l’ai souvent écrit. Quel gâchis, mais c’est une sacrée bonne entrevue parce que la ministre est forcée de dire “les vraies affaires”!

Le vidéo de l’entrevue intégrale se retrouve ici.

Voici un extrait du texte de l’entrevue tel que présenté sur le site de l’émission les Francs Tireurs.

Patrick Lagacé pousse la Ministre de l’éducation Michelle Courchesne dans les câbles !

L’éducation québécoise est mal en point : la réforme, création d’un Ministère de pédagogues et de théoriciens, est critiquée de toutes parts. Devrait-on l’abolir et revenir aux cours magistraux ? N’est-ce pas à coups de craie blanche sur tableau noir que nous avons réussi à envoyer des gens sur la Lune ?!

P.L. Michelle Courchesne, bienvenue aux Francs-Tireurs.

M.C. Merci.

P.L. La fameuse réforme, la maléfique réforme, c’est quoi?

M.C. La réforme, c’est d’enseigner différemment. C’est une approche pédagogique qui fait qu’on n’a plus uniquement un professeur en avant qui donne un cours magistral. La réforme a pour objectif de faire comprendre à l’enfant ou au jeune son environnement dans sa globalité.

P.L. C’est le contraire du modèle “prof en avant, élève dans la salle”.

M.C. C’est ça. Oui. Et ça se développe beaucoup par projets en équipe. Donc ça fait appel à sa créativité, à son imagination, à sa capacité d’interagir avec les autres. On est pas juste une médecine à apprendre par coeur.

P.L. Vous pensez que c’est une bonne chose?

M.C. Je pense qu’on est allés trop loin, qu’il faut rétablir–

P.L. Mais ce modèle-là…

M.C. Oui, sur le fond, je suis d’accord.

P.L. Ce n’est plus un prof en avant qui enseigne à ses élèves, ça, vous êtes d’accord avec ça.

M.C. Sur ces objectifs-là, oui.

P.L. Madame la ministre, c’est là que je capote complètement. Parce que le modèle, en Occident, d’avoir un prof en avant qui transmet des savoirs à des élèves qui vont se casser la tête un peu, qui vont trouver que c’est pas toujours le fun, ça a marché correctement, il me semble. Avec ce modèle-là, on a envoyé un homme sur la Lune, on a fait la fission nucléaire, on a décodé le génome humain. Mais nous, au Québec, on trouve que, non, c’est pas correct, ce modèle-là. Le prof, c’est un accompagnateur. Excusez-moi, mais c’est complètement débile. Convainquez-moi du contraire parce que pour l’instant, je trouve ça ésotérique à l’os, ce que j’entends sur cette réforme-là.

M.C. Je suis en partie d’accord avec vous. Tout est dans le comment. Moi, je pense qu’on va trop loin dans cette partie ésotérique. Et ce que j’essaie de faire en ce moment, c’est la connaissance des–

P.L. Madame la ministre, je trouve pas qu’il y a une partie ésotérique. Je trouve que C’EST ésotérique. Qu’est-ce qu’y a de mal avec le modèle enseignant en avant de la classe qui transmet des savoirs à du monde dont c’est la job d’écouter, de comprendre puis de rusher?

M.C. Je pense qu’on a voulu adapter l’enseignement à ce que le jeune vit à l’ère du zapping, à l’ère de l’Internet, à l’ère d’un enfant qui est très, très informé.

P.L. C’est terrible, ce que vous me dites, quand vous me dites que l’école doit s’adapter à des jeunes qui zappent, bon, l’Internet, etc.

M.C. Pour contrer le décrochage parce qu’il y a trop de décrochage.

P.L. Ça se peut-tu qu’on a tout faux dans la société? Que c’est les jeunes qui devraient s’adapter à la société puis pas le contraire? Parce que la réforme, c’est le symbole d’une société qui s’adapte à ses enfants.

M.C. Tout à fait.

P.L. Ça devrait être le contraire.

M.C. On n’a pas tort, c’est ce qu’on appelle les enfants-rois.

P.L. Donc on a fait une réforme pour des enfants-rois.

M.C. Non, à la base, j’irais pas jusque-là, mais on a fait une réforme vraiment pour s’assurer que nos enfants décrochaient pas. Je pense qu’on était très inquiet du décrochage scolaire alors on a voulu changer la façon d’enseigner en pensant qu’on irait chercher davantage de motivation chez l’enfant, qu’il serait plus intéressé à la matière, qu’il mettrait sa créativité plus à l’oeuvre. Donc c’est ça que les pédagogues ont cru. Je suis pas une ardente défenderesse de la réforme, cela dit–

P.L. Bien, si vous l’êtes pas, c’est surprenant.

M.C. Ah non, je le suis pas. Sincèrement. Encore là, posez la question aux fonctionnaires, vous allez voir qu’ils trouvent que depuis six mois, je remets beaucoup de choses en cause.

P.L. Oui, sur les modalités, mais pas sur le fond.

M.C. Non, sur le fond. Vraiment sur le fond.

P.L. Mais cette réforme-là, c’est comme du jello. Du jello, c’est facile à manger; j’ai l’impression qu’on a décidé que l’enseignement, ça allait être facile. Ça allait être facile pour les enfants. Ça sort de votre ministère: “La réforme va modifier l’orthographe des mots.” “Chauve-souris, plus de trait d’union. “Connaître”, on est pas obligé de mettre l’accent circonflexe, non plus que sur “coûter, flûte, île”.

M.C. Je suis pas d’accord avec ça.

P.L. Vous êtes pas d’accord avec quoi? Avec ce principe-là?

M.C. Avec ce principe-là.

P.L. Oui, mais c’est vous, la ministre.

M.C. Je comprends, mais ça fait six mois que je suis là.

P.L. Moi non plus, je suis pas d’accord, mais j’ai pas de pouvoir.

M.C. Ça fait six mois que je suis là. Il faut faire attention: tout chambarder ça, se lever un matin puis dire “à bas la réforme”, c’est pas mieux. On fait pas ça comme ça.

P.L. Comment ça se fait qu’il y a des fonctionnaires, probablement sur des comités paritaires puis des tables de P.L.tage, qui ont décidé que “chauve-souris”, si un élève avait envie de l’écrire sans trait d’union, c’était correct? C’est délirant.

M.C. Je suis d’accord avec vous. Comme, par exemple, dans la commission scolaire de Laval, on ne donne plus de dictée. Je suis pas d’accord avec ça.

P.L. J’ai appris à écrire le français avec des dictées, sans dictionnaire, en passant.

M.C. Et ça, je suis d’accord avec vous. Moi aussi.

P.L. Mais vous êtes la boss!

M.C. Mais ça fait six mois que je suis là! On va y arriver. C’est mon objectif. Particulièrement pour l’enseignement du français. Je suis en pleine consultation en ce moment là-dessus, pour changer les choses.

P.L. La médecine qui accouche de ça a eu des ministres qui ont été là pendant des années.

M.C. Oui, c’est vrai. Et c’est pour ça que je vous dis: Pour être ministre dans ce ministère-là, ça demande beaucoup d’énergie. Il faut vouloir affronter. Il faut vouloir non seulement challenger, mais il faut vouloir être contre. Puis envers et contre tous.

P.L. Donc être ministre de l’Éducation, c’est pas un cadeau. Je veux dire, c’est un cadeau empoisonné parce que les fonctionnaires sont des têtes de cochons.

M.C. Non. Jean Charest m’a fait un immense cadeau le jour où il m’a offert l’Éducation.

P.L. On a pas la même définition de “cadeau”, madame Courchesne.

M.C. Oui, parce que je suis une femme de défis puis je suis une femme de changements.

P.L. Vous me parlez comme un communiqué de presse.

M.C. Non. Regardez ma carrière. J’ai exercé le changement partout où je suis passée.

P.L. On aime tous le changement puis les défis, madame Courchesne. Mais ça, ça se peut-tu que c’est un défi qui est au-dessus de toutes les forces de tous les politiciens? Parce que le fonctionnaire qui veut pas écouter le politique, tout ce qu’il a à faire, c’est d’attendre que vous sacriez votre camp.

M.C. Oui, vous avez raison.

P.L. Un autre va arriver, qui va mettre huit mois à apprendre la job, puis six mois après ce huit mois-là, il va être victime d’un remaniement ministériel.

M.C. C’est vrai. Alors c’est pour ça que l’idéal, faudrait que le ministre de l’Éducation soit là pour au moins quatre ans. Ça, je vous le concède que c’est la grande difficulté des ministres de l’Éducation. Pour faire un changement majeur, ça prend plusieurs années.

P.L. Pouvez-vous sacrer du monde dehors?

M.C. Pas tous. On peut pas tous les sacrer dehors. Parce qu’ils ont des conventions collectives et ils ont une sécurité d’emploi qu’on respecte. Mais on peut les réunir par petits groupes puis on peut, comme je vous dis… C’est la méthode du petit pas. On peut pas tout faire dans le même mois. C’est impossible.

P.L. Si vous pouvez pas les mettre dehors, ils vont vous rire dans la face tout le temps.

M.C. C’est pas juste des fonctionnaires.

P.L. C’est votre gang!

M.C. Arrêtez de dire que c’est ma gang!

P.L. Mettez-les dehors! Puis premièrement, ça se peux-tu qu’il y a trop de monde au ministère de l’Éducation? C’est un ministère enflé, boursouflé.

M.C. Pourquoi vous blâmez pas aussi ceux qui ont fait ces choses-là au départ?

P.L. Parce qu’ils ne sont plus au pouvoir. Je vais pas blâmer le gouvernement péquiste d’il y a dix ans. C’est vous qui êtes là et qui avez le pouvoir.

M.C. Oui, et qui avons apporté les changements requis en six mois. Bulletins chiffrés, redoublements, on l’a fait. Envers et contre tous. Le bulletin chiffré… Vous dire comment y a de la résistance de la part des enseignants sur le bulletin chiffré puis les commissions scolaires.

P.L. Envers et contre tous, vous devriez dire que la réforme, c’est de la marde puis on la scrape. Puis justement, sur les bulletins chiffrés, c’était une honte de voir les politiciens pas être capables de mettre la médecine au pas.

M.C. On l’a fait.

P.L. Ça a pris combien de temps? Ça a pris huit mois de psychodrame!

M.C. Non, non, non. Bien non, je suis arrivée au mois d’avril; au mois de juin, c’était fait.

P.L. Je parle de votre gouvernement.

M.C. Ce que je veux vous dire: la réforme, je dirai que c’est ce que vous voulez que je dise le jour où je saurai comment je la remplace.

P.L. Y a-tu quelqu’un qui planche là-dessus?

M.C. Oui! La réponse, c’est oui! Notamment sur le français.

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