Comme un jardin de givre

Posted by J-P in Photographie | 5 Comments

Ce matin, avant d’entreprendre le ménage et de passer l’aspirateur dans la maison au grand complet, j’ai profité de la basse température de l’automne et du Soleil qui montrait enfin ses rayons pour faire un petit tour dans le parc. Novembre fut jusqu’ici un mois pluvieux et sans Soleil. Si bien que cette semaine un caricaturiste avait dessiné un père racontant à son garçon que le Soleil est une grosse boule de feu qu’on peut apercevoir dans le ciel de temps en temps. Oui, c’est génial, le soleil existe!

Alors, le Soleil éclairait les cristaux de givre sur les feuilles, les petits trèfles et les brins d’herbe. Les tracés des nervures et du limbe de cette feuille d’érable étaient distinctement définis par les petits cristaux blancs et étincelants, parfaitement enlignés par la froide nuit. Les zones ombragées de la feuille ne pouvaient pas se défiler indéfiniment de la lumière et la chaleur du Soleil se chargeait graduellement d’effacer les lignes blanches en les changeant en gouttelettes d’eau. Quelle superbe escapade matinale pour débuter la journée en beauté!

J’étais accroupi sur l’herbe, ma tête et mon objectif photographique rivés vers le sol. Par mon comportement bizarre, j’ai même éveillé les soupçons d’une vieille dame qui promenait son chien. Nous étions les seules âmes vivantes dans le secteur, tout le parc silencieux était pour nous. Elle s’est informé de l’étrange magie que je fabriquais, le mot est d’elle, puis a repris son chemin avec son quadrupède en laisse après avoir compris ce que je mijotais ainsi. Cette question a fait ma journée. La sorcellerie de la nature, cette transformation des lignes de vie des feuilles mortes et celle du givre, m’a passablement empêché de marcher. En fait, ma fausse promenade fut plutôt du genre immobile.

Ce n’est pas encore l’hiver, mais j’ai pensé à ces vers de Nelligan qui évoquent un jardin de givre. Moi, je suis bien chanceux de l’avoir vu, ce matin, le vrai jardin de givre. Pas un jardin dans une vitre. La douleur je la laisse à Nelligan, parce que pour moi la magie des cristaux me donne du bonheur. Aussi, toute cette époustouflante magie glaciale est loin de me tourmenter. Elle me fige de joie et j’en suis fort aise. Cependant, j’ai hâte à l’hiver pour les voir, mes cristaux de givre dans ma vitre.

Ah! comme la neige a neigé!
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah! comme la neige a neigé!
Qu’est-ce que le spasme de vivre
Ô la douleur que j’ai, que j’ai!

Émile Nelligan


Le Soleil plombant derrière la feuille crée un effet de couleur spectaculaire.


Quelques trèfles sont ornés de cristaux de givre.

5 Responses to Comme un jardin de givre

  1. krysalia says:

    C’est très joli, on dirait qu’ils sont sucrés !

  2. Gisèle Filion says:

    La nature est vivante, en évolution constante, mais nous ne le voyons pas souvent… Trop occupés que nous sommes et si minimes sont parfois ces changements; pourtant les plus petits sont souvent magnifiques, tels que démontrés. Merci Jean-Pierre

  3. Gilles Langevin says:

    Ces images et ces commentaires sur “le jardin de givre” sont vraiment inspirés. Tu associes admirablement l’art du panorama et celui que les photographes appellent peut-être à notre époque la “nanographie”. Le mot est affreux, mais des photos et des textes comme les tiens le feront disparaître et susciteront quelque mot sublime, fils de la poésie la plus délicate.

  4. J-P says:

    Vos commentaires sont bienvenus. C’est vrai aussi que les plantes ont l’air sucré!

  5. Suzanne Lavoie says:

    Daniel serait fier de son fils, à la lecture de ce poème de Nelligan. Il le récitait si bien!
    En te lisant, on devine très bien ton âme de poète! Merci!

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