Voici une vue panoramique sous 360 degrés d’une manifestation étudiante au parc Émilie-Gamelin à Montréal. Cliquez sur l’image pour la visite virtuelle interactive 360 degrés de l’événement.

Manifestation étudiante à Montréal, 27 avril 2012. (Photographie: Jean-Pierre Lavoie)
Cela faisait un certain temps que je n’étais pas sorti faire des images d’actualité puisque je me concentre avant tout sur mon travail de photographie commerciale ou touristique. Mais puisqu’il y a des manifestations étudiantes quotidiennes depuis plusieurs semaines à Montréal comme pratiquement dans tout le Québec, j’ai décidé vendredi soir de répondre à l’appel de l’actualité. Cette sortie “documentaire” me rappelle aussi l’époque où je chassais plus assidûment des images de ce genre il y a quelques années.
Nous vivons en effet un printemps chaud à Montréal avec ses grèves étudiantes. Pour ou contre ce mouvement de grève et les revendications étudiantes, selon le point de vue où l’on se place, nous vivons tous une période instable avec ses inconvénients et ses frustrations. Une chose est sûre la grande majorité de la population déplore la lenteur de l’évolution du dossier et les gens en ont ras-le-bol. À commencer par les commerçants qui doivent composer avec la casse et tous les inconvénients liés à ces débordement de foule où se mêlent casseurs et vandales sans scrupules.
La situation finit par exaspérer la population et donne une image négative de la ville. Même le maire Tremblay de Montréal sort de son mutisme habituel pour dénoncer la violence qui éclate, ce qui n’est pas peu dire. L’essentiel de son message étant que lorsque nous voyons CNN qui diffuse des images de casse à Montréal, nous avons atteint un point de réel inconfort avec tous les aspects négatifs quant à la réputation de Montréal. La ville perd son charme et devient soudainement plutôt inhospitalière à la venue de touristes.
Le travail sur le terrain des manifestants
Après quelques prises de vue faites vers 20h30 sur un point relativement élevé au parc Émilie-Gamelin, j’entendais les chants de la foule qui se réchauffait. Le départ de la marche était imminent et je devais choisir ma prochaine action. Je sentais que je n’avais pas vraiment capté l’essentiel en images et je restais sur ma faim. J’ai opté pour descendre sur la rue Sainte-Catherine où il y avait une masse de manifestants. Je ne savais pas sur le moment que c’était la tête du futur peloton, mais mon instinct m’a bien servi. Dans les secondes qui suivirent, les organisateurs du rassemblement ont demandé aux gens de s’asseoir dans la rue, question de pouvoir donner les consignes à un nombre élevé de participants.
Je voulais capter une scène de manifestation, sans vouloir nécessairement montrer des débordements disgracieux, mais bien la force pacifique qui se dégage du groupe. J’ai alors décidé de capter mes images au tout début de la manifestation avec le rassemblent des participants qui prennent une pose statique. Comme le groupe n’avait pas encore entamé sa marche, ma tâche était simplifiée car je n’avais pas à suivre le mouvement de la foule. Il était aussi plus aisé de négocier avec les complications techniques telles que la faible luminosité et l’utilisation d’un trépied pour mon appareil-photo. Je n’avais pas l’ambition de faire une image 360 degrés en mouvement en plein centre de l’action, ce qui est beaucoup plus complexe, mais celle de pouvoir photographier la scène au sein du groupe dans la fébrilité du départ.
Les circonstances “gagnantes” de mon projet étaient ainsi rassemblées. J’étais au centre d’un important groupe de manifestants assez immobiles et calmes. La plupart des gens près de moi étaient assis ce qui aidait à dégager la vue sur l’ensemble de la scène. L’émotion du groupe était en pleine construction avec les chants évidemment hostiles au gouvernement Charest, les drapeaux s’agitaient dans l’attente d’un départ où ils pourraient s’affirmer encore une fois.
J’ai fait rapidement quelques prises de vue en rotation autour de mon trépied. Dans les secondes qui suivirent la marche des manifestants débutait et quant à moi je savais que j’avais déjà les images que je cherchais, une parcelle de l’histoire qui s’écrivait sous mes yeux.
Une image historique prend son envol
La suite du travail s’est déroulée chez moi à traiter les photographies et à les assembler. Je savais que j’avais un témoignage important et que la rapidité avec laquelle je pourrais faire naître mon montage panoramique dans le cyberespace était la clé de son succès et de sa visibilité.
Le résultat de l’opération fut un franc succès. Ce fut ma photographie dont la popularité a décollé le plus rapidement en très peu de temps après sa mise en ligne. Plus de 12,000 personnes l’ont consultée dans les 24 heures qui suivirent la mise en ligne de l’image, ce qui était du jamais vu pour moi. Plusieurs personnes commentaient allégrement l’image sur les réseaux sociaux et la retransmettaient sur Facebook et Twitter par exemple. Mon image interactive devenait un phénomène viral qui se propageait très rapidement sur la toile. Les gens du quotidien La Presse m’ont demandé le lendemain d’acheter une licence d’utilisation du montage pour leur site internet et l’image 360 degrés figure maintenant dans cet article.
Dans cette époque historique que nous vivons actuellement au Québec, la petite histoire de mon image panoramique de la manifestation étudiante fut ainsi une belle récompense!