Bourassa et moi, une histoire de liens…

Posted by J-P in Généralités | 1 Comment

Je fais du ménage dans mes vieux papiers et certains souvenirs remontent à la surface.  Voici un texte que j’ai écrit en 1993 lorsque je travaillais à Ottawa chez “Time Communications”, mon premier emploi d’ingénieur. 

18 Octobre, 1993

Samedi matin, en lisant La Presse quelques pensées ont traversé ma boite cranienne juste assez longtemps pour que je me décide à les écrire. 

D’habitude, on lit le journal pour s’informer des autres et du monde qui nous entoure et par le fait même on oublie temporairement “l’action” qui nous concerne plus directement.  Étrangement, ces poussées de pensées que j’avais en lisant l’article sur Bob Bourassa tournaient autour de moi.  Je voyais des liens se dessiner entre Bob et moi et je voulais voir combien je serais capable d’en établir et surtout,  jusqu’où allaient ces liens.  Aurais-je l’envie d’oser me mesurer  au célèbre mangeur de Hot-Dog?  Bien loin de moi l’idée de me comparer à Robert Bourassa, un homme qui a fait ses preuves.  Pire, aurais-je l’envie de devenir l’auguste Premier Ministre du Québec?  Ne vous en faites pas, je ne suis pas tombé sur la tête, je ne suis pas du tout dans cette “game-là” comme dirait le nouveau Petit Robert français et puis je reviens seulement d’Ottawa en songeant aux boîtes et au filage électrique courant dans les conduits métalliques des obscurs faux-plafonds d’un édifice fédéral par-dessus le marché…

 D’après quelques membres de son  personnel politique, les “ordres” de Robert, même les plus impératifs, emploient des  formules ressemblant à: “Je voudrais que tu regardes-çà”.   On devine que Bourassa n’aime pas démontrer son autorité par nature.  J’ai immédiatement fait le parrallèle avec ma situation vis-à-vis de mes techniciens lorsque j’occuppe mes prestigieuses fonctions professionnelles…  Comme Robert, je n’aime pas particulièrement donner des ordres lorsque je ne peux mesurer assez précisément les conséquences de mes ordres et lorsque je ne contrôle pas toutes les variables d’un problème donné.  Malheureusement cet état de fait, mesdames et messieurs (j’ai le regret d’avoir à vous l’avouer humblement) se produit régulièrement.

La politique est fluide, complexe, les économistes ont autant de succès que les météorologues dans leurs prédictions, on peut comprendre qu’en plus de ne pas aimer donner des ordres, Robert puisse exprimer ses décisions de manière hésitante en ménageant la chèvre et le chou, certaines mauvaises langues laissant même échapper le mot  mollesse pour qualifier son comportement.

Dans la même foulée, je dois dire qu’hélas, ma formation ne me donne pas de réponses à de nombreux problèmes d’ordre technique que je n’ai jamais appris à résoudre et à des problèmes relatifs à des systèmes dont je ne soupçonnais pas l’existence il n’y a pas si longtemps.  Ces problèmes il faut les régler à l’instant et si possible hier, tandis que la majorité des matières et problèmes que j’ai étudiés, je n’en ai tout simplement pas besoin dans mes fonctions actuelles.  Il est inutile de vous mentionner toute l’énergie admirable et extraordinaire que votre si humble serviteur déploit à l’exécution de ces tâches multiples.

 Tout ceci pour dire que j’ai appris à apprendre avant tout, que je dois apprendre constamment et que par définition lorsqu’on apprend et que l’on découvre quelque chose, il est bien mal aisé de crier tout haut: “Faites ceci messieurs car c’est ce qui doit être fait pour solutionner le problème” alors qu’on ne sait pas vraiment quoi faire et comment le faire, tout en sachant mille autres choses non pertinentes au problème en question.

En d’autres mots, il est possible qu’un astronaute que l’on catapulte sur un bateau ait à apprendre à amerrir,  mème s’il sait alunir.  Et il devra l’apprendre des marins.

Mais où s’en vont donc les liens entre votre valeureux et courageux guerrier et Robert  Bob Bourassa?   Ils s’enlignent dans cette non-flamboyance apparente qui découle de ces nombreuses incertitudes qui nous afligent et qu’il faut sans cesse combattre en se servant de l’arme ultime: l’apprentissage qui mènera à la solution de problèmes bien réels.

Mais attention!   Ne vous laissez pas berner par cette absence de flamboyance qui peut parfois se retourner contre ceux qui l’exhibent trop fièrement.  Lorsque les incertitudes, à force de travail, d’efforts de création et d’expérimentation, se transforment en des plans de solutions possibles tous les espoirs sont permis.  C’est à ce moment que nous n’économisons aucun moyen pour bien transmettre nos idées, ouvrir des discussions, reposer la définition des problèmes en vue d’obtenir la meilleure solution possible dans le contexte réel. 

 Bien sùr, personne n’est à l’abri de l’erreur.   Robert et moi le savons très bien.  Nous savons aussi que l’erreur est bénifique dans le processus d’apprentissage pour celui qui sait en tirer des leçons.  L’erreur est de toute façon inévitable pour celui qui explore différentes solutions et qui les met à l’épreuve.  Tout comme celui qui cherche à s’améliorer au jeu d’échecs, on apprend plus de l’analyse d’une seule défaite que de celle de cent victoires.  En 1976, Bourassa savait déjà que l’Homme se révèle dans ses capacités à surmonter les échecs et dans l’adversité.  Lorsque la solution surgit enfin du labeur, Robert et moi pouvons la communiquer fermement et tout mettre en oeuvre pour la réaliser et convaincre les autres membres de l’équipe de sa validité.

J’arrête ici mes tribulations analytiques.  Je mets de ce pas, fin à ces réflexions plus ou moins inutiles dans ce monde de la Productivité.  Et comme dirait l’autre, j’ai d’autres tigres à fouetter, des systèmes à planifier, des difficultés à élucider, des ordres à donner, à faire respecter, et j’ai à développer des méthodes simplement pour vérifier que les ordres aient bien été respectés…

Et si, comble de malheur, je me rendais compte que mes ordres n’étaient pas les bons?  Bien sûr, il y aura toujours le fait que j’aurai au moins appris qu’ils étaient erronés, ce qui pourra guider mes décisions futures.   Mais il existe une race de personnes qui n’a pas développé de carapace à l’échec en ne l’acceptant pas et en ne sachant pas l’arnacher.  Par contre, il faut bien se rendre à l’évidence: il y a des erreurs plus lourdes de conséquences que d’autres.  Il faut bien se résigner à être réaliste. 

Mais ce qu’il y a de fantastique dans ce merveilleux monde industriel c’est qu’il y a une unité de mesure de l’erreur que tout le monde peut comprendre.  Un étalon qui peut se vanter d’être infaillible dans son évaluation du degré d’erreur, le seul que tous les chefs d’entreprise utilisent quotidiennement et ce dans tous les pays du monde et chez tous les peuples de la planète.  Vous l’avez deviné, cet étalon c’est le dollar sacré!. 

Ha la Profitabilité!  Le Dieu des affaires!  Le Dieu de notre monde matériel celui de la planète Terre, frère du Dieu Efficacité, cousin du Dieu Productivité!  Le Trio Céleste constamment affamé qui tourne au rythme infernal sur une immense roue sans fin …

Si mes ordres, si mes décisions n’étaient pas les bonnes?   Sacrilège!  C’est la valse du Temps, de l’Argent et des Ressources perdues pour virer de cap,  pour corriger les erreurs, pour survivre aux concurrents qui eux se dévouent toujours plus aux trois Dieux.

Cauchemar apocalyptique! Vision d’horreur!  Il faut tout faire pour l’éviter.  Salut Bourassa!  Vite au boulot,  j’ai des tas de choses à apprendre, à définir, à planifier, à tester  pour que tout fonctionne et baigne dans l’huile le plus rapidement possible en dépensant le moins de dollars sacrés pour que les coffres des patrons soient comblés de nouvelles pièces d’or et de dollars sacrés.

Et puis un jour pas trop lointain, une horde de fonctionnaires fédéraux envahira un bel édifice tout neuf.  Ils dégaineront leurs cartes d’accès tous en coeur, poseront leurs mains sur des machines étranges reliées par des kilomètres d’artères électriques qui pompent les électrons dans tous les sens et pénètreront dans leurs antres secrètes, laissant les indésirables à l’extérieur de la Bête géante de béton, d’acier et de verre.  Bien peu d’entre eux ne penseront alors à l’activité de toute cette machine qui a été mise en branle pour servir le Progrès et le Divin Trio Céleste, la machine de l’Homme.

One Response to Bourassa et moi, une histoire de liens…

  1. Suzanne Lavoie says:

    Je réalise mes ressemblances entre toi, Bourassa et moi-même!

    J’ai beaucoup de difficultés à donner des ordres.
    Je n’ai pas réponse à tout, loin de là!
    J’éprouve le besoin d’apprendre constamment une foule de choses.

    Eh oui, nous sommes au service de 3 Dieux: le Temps, l’Argent et les Ressources…
    Dorénavant quand je me servirai d’une carte d’accès, je réaliserai davantage toutes les prémices utilisées par la science et le ”génie” de l’homme en cette affaire…

    Tu me fais réfléchir!

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