Benoît XVI et l’Islam

Posted by J-P in Généralités | Leave a comment

Rien de bien personnel de ma part aujourd’hui, puisque je retranscris simplement un article fort intéressant d’une journaliste spécialiste de la papauté. Le texte donne suite au discours prononcé en Bavière par Benoit XVI qui a soulevé une controverse dans le monde musulman.

Une citation du pape qui a attisé le feu musulman est celle de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue datant de 1391 s’adressant aux juristes musulmans et critiquant l’« abscence de raison dans la foi » de la religion musulmane:

« Montrez-moi ce que Mahomet a apporté de nouveau. Vous ne trouverez que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de diffuser par l’épée la foi qu’il prêchait. »

Après l’affaire des caricatures, les propos du pape qui font allusion à l’Islam, au fanatisme religieux et à la violence ont piqué l’épiderme de certaines gens et suscitent bien des réactions à travers le monde. Plusieurs regrettent l’orientation plus ouverte et diplomate qu’avait Jean-Paul II qui travaillait ardemment à rapprocher les religions, contrairement aux positions plus dures et conservatrices de Benoit XVI.

Voici le texte sur les axes de la diplomatie vaticane:

“Les axes de la diplomatie
vaticane sont en train de changer”

NOUVELOBS.COM | 14.09.06 | 14:25

par Constance Colonna-Césari,
journaliste, spécialiste de la papauté

L’opinion publique a retenu du discours du pape hier à l’université de Ratisbonne ses déclarations vis-à-vis de l’islam et du fanatisme religieux. S’agit-il d’un changement de fond?

– Le discours de Benoît XVI à l’université de Ratisbonne contient différents points très sensibles qu’il n’a évidemment pas abordés par hasard.
En premier lieu en effet, la question du fanatisme musulman, “le djihad comme mode de diffusion de la foi étant une chose irrationnelle”, puisque (…) “la violence s’oppose à la nature de Dieu” et que, (…) “ne pas agir rationnellement est contraire à la nature de Dieu”. Même si ces mots sont des emprunts à une confrontation datant du XVème siècle, il n’empêche qu’ils mettent l’accent sur ce qui est sans doute un changement de régime, au Saint-Siège, sur le front des relations avec l’Islam.
Joseph Ratzinger n’a jamais suivi Jean-Paul II sur sa vision du dialogue interreligieux. Tout allait beaucoup trop vite et beaucoup trop loin selon lui. Les réunions d’Assise n’étaient évidemment pas sa tasse de thé. Devenu pape, Benoît XVI a congédié Mgr Fitzgerald, qui officiait depuis longtemps aux Conseil pontifical chargé du dialogue avec l’islam.

A Rome, on juge que les catholiques doivent arrêter de faire profil bas devant l’islam. La vision jugée trop ouverte et conciliante est de plus en plus contestée. Avec tous les enjeux géopolitiques, et pas seulement religieux, que cela comporte: par exemple un changement de position de l’Eglise sur la politique américaine en Irak ou ailleurs ? Depuis la fin du pontificat de Jean-Paul II, les axes de la diplomatie vaticane n’étaient plus très clairs et cela paraît en train de changer.

Quel est l’enjeu de l’affirmation du lien entre Foi et Raison ?

– Après avoir pointé cette différence de nature de l’islam, le pape a insisté sur le fait que la Raison serait a contrario à la rencontre du message biblique et de la pensée grecque… Or, reprend-il, “c’est cette rencontre qui a créé l’Europe et reste son fondement. C’est ce qui, justement par le biais de la Raison, peut se nommer Europe”.
En disant cela, Benoît XVI est donc revenu sur cette allusion au débat sur l’inscription des racines chrétiennes de l’Europe que Jean-Paul II voulait voir inscrites dans le préambule du projet de Constitution européenne… Là, il marche vraiment dans les pas de Jean-Paul II et veut que l’Eglise s’affirme elle aussi sur la sphère politique; sous-entendu pas seulement les fondamentalistes musulmans !
Enfin, lorsqu’il a dit, pour approfondir sa réflexion sur le rapport entre Foi et raison, que “les tentatives de construire une éthique qui partiraient seulement des règles de l’évolution, de la psychologie ou de la sociologie, seraient insuffisantes”.
Il se trouve que les contestations de la théorie de l’évolution sont devenues de plus en plus fréquentes au Vatican. Et cela, depuis la campagne précédant les dernières élections législatives italiennes remportées par la gauche. Car la droite italienne a voulu clairement se démarquer de la gauche en empruntant peut-être quelques références à la droite américaine, et à ses appuis sur les mouvements chrétiens fondamentalistes.
En tout cas, l’Eglise bouge en ce moment sur ces questions très politiques.

Les décisions récentes prises par le pape vis-à-vis des traditionalistes catholiques entrent-elles dans ce schéma ? Est-ce le seul dialogue œcuménique qui se poursuit ?

– D’une certaine manière, oui. Joseph Ratzinger a été cohérent avec la ligne qu’il défend depuis toujours: sa propre vision de Vatican II très restrictive en matière d’œcuménisme -or, c’est cette ouverture de l’Eglise qui avait fâché les traditionalistes et préparé le schisme de 1988.
Sur le fond aussi, il a, comme les traditionalistes, un attachement très net à la liturgie ancienne. Et il a déjà déclaré à maintes reprises que, pour certains passages de la messe, il serait bon de repasser au latin. Ce qu’il a fait par le passé et très récemment comme concessions vis-à-vis des traditionalistes, il ne l’a jamais en direction des prêtres de gauche, théologiens de la libération comme Leonardo Boff ou théologiens occidentaux engagés sur des questions de morale, voire de morale sexuelle comme Hans Küng, etc. On lui a souvent reproché cela. Comme on lui a reproché son instruction de 1990 qui réaffirmait la Primauté de l’Evêque de Rome et qui avait donc jeté un froid glacial sur les relations entre catholiques, protestants, orthodoxes ou anglicans…

Propos recueillis par Cyril Da le jeudi 14 septembre 2006

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